
Témoin, 2019 / Installation vidéo
Un projet initié par HYam
Plus d’infos : https://www.hyam.fr

Témoin, 2019 / Installation vidéo
Un projet initié par HYam
Plus d’infos : https://www.hyam.fr
Au nord du futur, 2019
Dispositif sonore et vidéo. Structure bois & acier.
Dimensions: 500/140/60 cm
Vues de l’installation au 102 ter lors d’Interstice #14 / Caen



Remerciements :
Station Mir, production
Olivier Classe, sound design

Charles CARCOPINO, Pierre-Laurent CASSIÈRE, Man-Nung CHOU, Claude CLOSKY, Jeff DESOM, Félicie d’ESTIENNE d’ORVES, Dorian GAUDIN, Youki HIRAKAWA , Chih-Sheng LAI, Emmanuelle LAINÉ & Benjamin VALENZA, Ho-Jang LIU, Bernd OPPL, Olivier PASQUET, Julien PRÉVIEUX, Stéphane THIDET, Nicolas TOURTE, Wan-Shuen TSAI, Island’s time group

MEDIO ACQUA / Base sous-marine, Bordeaux
Vernissage le 25 octobre à partir de 18h
Du 26 octobre 2018 au 6 janvier 2019
Commissariat : Renato Casciani
Avec : Giovanni Ozzola, Bruno Peinado, Enrique Ramirez, Pierre Malphettes, Celeste Boursier-Mougenot, Dewar et Gicquel, Fanny Paldacci, Angela Detanico et Rafael Lain, Alessandro Sciaraffa, Nicolas Tourte, Laurent Pernot, Nicolas Tourte, Emile Brout et Maxime Marion, Mathilde Lavenne, Linda Sanchez, Shirley Bruno, Laurent Valera, Claude Cattelain
1001 Nights / 1001 Works
Curated by Alice Mogabgab gallery
Faqra Club / Liban
July 21 to Augus 26, 2018
With : Hannibal Srouji, Zina El Idlibi, Takayoshi Sakabe, Jean Girel, François Sargologo, Nicolas Tourte, Azza Abo Rebieh, Andrée Hochar Fattal, Samuel Coisne, Gilbert Hage, Charles Belle, Gilles Marrey, Malgorzata Paszko, Nancy Debs Hadad, Etel Adnan,

D’avance à rebour / Palais abbatial de Saint-Hubert / Belgique
Du 13 juillet au 14 octobre 2018 Palais abbatial de Saint-Hubert.
Avec : Jean-Paul Couvert, Edmond Dauchot, Pierre Fraenkel, Rohan Graeffly, Stéphane Kozik,
Christine Mawet, Carole Melchior, Daniel Michiels, Gauthier Pierson,
Charles-Henry Sommellette, Rémi Tamain, Nicolas Tourte , Hugues Vanhoutte
Naturellement
En 1960 le peintre Yves Klein et le critique d’art Pierre Restany fondent le mouvement des « nouveaux réalistes » qui conduit les artistes à abandonner la représentation de la réalité pour la réalité elle-même comme matériau. Dans ce groupe on trouvait Arman, César, Martial Raysse, Raymond Hains, Daniel Spoerri, Jean Tinguely, Jacques Villeglé …
A la même époque (1968) un autre mouvement de grande ampleur se développe. Il concerne la nature comme matériau. Les artistes du « Land Art » abandonnent la représentation pour travailler directement avec des matériaux naturels comme la neige (Dennys Oppenheim), la terre (Robert Smithson), la foudre (Walter de Maria), les pierres (Richard Long), les feuilles (Nils Udo), le bois et les pierres (Andy Goldworthy). Leurs installations étaient réalisées sur les lieux-mêmes où se situaient les matériaux, c’est à dire en pleine nature. Bien sûr, par leur spécificité, ces œuvres se voulaient éphémères.
Les artistes souhaitaient quitter les musées et les galeries afin de véritablement sortir des sentiers battus . L’œuvre doit être une véritable expérience liée au monde réel et non plus une valeur marchande vouée à une élite.
Par la suite certains artistes du Land Art intégrèrent les musées et les galeries. C’est le cas de Richard Long et Wolfgang Laib (pollen et lait).
Avec le recul, on peut penser que ces artistes eurent une intuition artistique de l’écologie.
Pour Nicolas Tourte, qui appartient à une génération où les protocoles du Land Art n’ont plus court, l’intérêt pour la nature est indéniable. Il s’inscrit dans un mode opératoire « post moderne » constitué par une hybridation des médiums : l’association objets/vidéos ou sculptures/installations intégrant des vidéos.
On trouve des traces de ces hybridations chez les artistes de l’exposition «Photography into Sculpture» au Moma de New-York en 1970 et plus récemment dans « L’image dans la sculpture » au Centre Pompidou en 2013.
Bien qu’intégrant des processus esthétiques ou formels, l’intérêt du travail de Nicolas Tourte se trouve ailleurs. Il se situe dans sa posture chamanique.
A partir d’œuvres symboliques et spirituelles, il réunit les choses au lieu de les séparer. Comme chez les amérindiens, pour qui la vénération de la nature occupait une place primordiale dans la vie spirituelle.
Plutôt qu’une vision écologiste engagée politiquement comme celle de Joseph Beuys (1), nous pourrions ici parler d’une sensibilité cosmique et moléculaire. Mais c’est l’aura poétique qui entoure les réalisations de Nicolas Tourte qui leur donne leur dimension spirituelle.
Earth, wind & fire est le titre générique donné par l’artiste à cette exposition. Au-delà du clin d’œil au groupe disco-funk de Chicago des années 70, il s’agit d’un parcours énigmatique et sensible auquel nous sommes conviés. L’artiste met en relation plusieurs de ses œuvres comme autant d’éléments qui s’avèrent être en réalité des leurres visuels, des illusions d’optique.
Parmi eux : « Contre-temps totémique » un totem dont les ailes sont remplacées avec humour par des plumes fixées à des mandrins. Elles tournent sur elles-mêmes de façon aléatoire et finissent par simuler l’envol. « Eau noire » : dans un coffret de bois ancien, nous apercevons des strates creusées comme la maquette d’une mine à ciel ouvert ou celle de fouilles archéologiques qui laissent apparaître le mouvement fascinant d’une eau noire et profonde comme le charbon. Sur le côté du coffret sont disposées quelques pierres. On pense à la mallette d’un géologue de l’époque anthropocène (2) oubliée au fond d’un grenier. « Paraciel » : les parapluies, objets usuels qui d’ordinaire nous protègent de la pluie ou parfois du soleil, reflètent l’image d’un ciel bleu dans lequel défilent des nuages et semblent ici avoir capturé le ciel tout entier. « Sun light » : il ne s’agit pas de la lumière du soleil comme son nom l’indique mais d’un goutte à goutte, aux couleurs saturées qui nous apparaît comme appartenant au monde organique. En fait il est d’origine minéral. L’« Épicentre étalon » : sur une poutre on distingue une sorte de paysage volcanique sculpté à même le bois. En réalité il s’agit d’une barre d’attache pour chevaux creusée par leurs dents.
Bernard Lallemand
(1) Joseph Beuys (1921-1986) Artiste mythique de scène artistique des années 70. Né en 1921 en Allemagne.
Son œuvre, à la fois symbolique et autobiographique, s’inspire directement des épisodes de sa vie. Il invente une œuvre d’art totale incluant sa vie. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il est enrôlé comme pilote dans l’armée de l’air allemande. Son avion s’écrase en Crimée. Recueilli par des nomades Tartares qui lui donnent du miel en guise de nourriture, il revient à la vie, recouvert de graisse et enroulé dans des couvertures de feutre. Cette expérience marquera son œuvre : on retrouve chez Beuys l’utilisation de feutre gris, parfois marqué d’une croix rouge, symbole de la souffrance. Également l’utilisation de la graisse, du miel, parfois du sang ou encore du soufre.
Beuys donnera à ses actions une dimension symbolique chamanique en lien avec son expériences de guérison, Il avait d’ailleurs entrepris des études de médecine avant la guerre. Il aspire au changement et il compte l’exprimer dans son art, mais surtout il entend à ce que son art participe au changement de la société. Dans sa célèbre performance I like America and America likes me (1974), Beuys partage pendant trois jours l’espace de la galerie new-yorkaise de René Block avec un représentant des tout premiers habitants d’Amérique du Nord : un coyote.
Il y a une pensée chamanique dans ce changement, qui est aussi, pour Beuys, ce qu’il nomme une « régénération ».
Beuys fût très engagé au service de l’écologie politique, à la Documenta 7 et réalise le projet 7000 chênes qui consistait à inviter les gens à planter sept mille chênes sur le territoire planétaire. Il participera à la création du mouvement « vert » allemand.
(2) Terme inventé par Paul Crutzen, météorologue et chimiste de l’atmosphère (Prix Nobel de chimie en 1995), l’Antropocène est l’idée que la planète Terre serait entrée dans une nouvelle ère, une nouvelle époque géologique définie par l’action de l’Homme. A noter également à ce sujet l’exposition « Crash test » à La Panacée de Montpellier en 2018, organisée par Nicolas Bourriaud.

Maisons folles #6 / Art house project
Du 6 au 8 avril 2018
Ronchin / Quartier des Fleurs
Hugo KOSTRZEWA, Adéle DUPRET, Philémon VANORLE, Amélie VIDGRAIN, Nicolas CABOS, Sylvain DUBRUNFAUT, Laura GOURMEL, Alexis NIVELLE,
Ayako DAVID KAWAUCHI, Camille GALLARD, André DERAINNE, Sophie DEJONGHE, Sophie VAUPRE, Frédéric NGUY, Pauline VACHON, Nicolas TOURTE, Julien BOUCQ

Wormhole.s #1 / Temps /
Galerie Laure Roynette – du 15 mars au 21 avril 2018 – 20 rue de Thorigny, Paris 3ème
Avec : Léo Dorfner, Hughes Dubois, Hippolyte Hentgen, Laurent Grasso, Emmanuel Régent, Tim Stokes, Nicolas Tourte, Mathieu Weiler
La Ruche – du 26 avril au 6 mai 2018 – 2 passage Dantzig, Paris 15ème
Avec : Jean-Marc Cérino, Pascal Convert, Hughes Dubois, Léo Dorfner, Hippolyte Hentgen, Laurent Grasso,
Fabien Leaustic, Gabriel Léger, Caroline Le Méhauté, Emmanuel Régent, Nicolas Tourte, Mathieu Weiler, Brankica Zilovic Chauvain
Vues de l’exposition Visions intermédiaires au château d’Hardelot / Mars à octobre 2017













Crédit photo : Anto Zoa, Welchrome, Nicolas Tourte
Cemetary revolution, 2017
Sculpture / Bois / Prototype / Dimensions variables
Line up, 2017
Installation / Charbon de bois et marbre blanc / Dimensions variables
xyz, 2017
Installation / bois et matériaux divers / Dimensions variables



Crédit photo : Nicolas Tourte, Valentin Tyteca

Visuel : Cemetery revolution, 2017
A place to BEEP
Vernissage le 5 juillet à 18
05/07/2017 – 03/09/2017 – Mont-Ormel (Mémorial de Montormel-Coudehard)
Ma première visite au mémorial remonte à l’année dernière, j’ai furtivement fait glisser mon regard sur les différents endroits du site. Ce qui m’a marqué comme bien d’autres, j’imagine, c’est de recomposer mentalement un étale de chair morte recouvert d’un épiderme diptèrien, bouillonnant et foisonnant, me renvoyant à cette « neige » partiellement constituée par le rayonnement cosmologique fossile, dit-on, qui apparaît sur un moniteur lorsque le signal « manque ».
Cemetery revolution
Dans cette proposition en demi tore, il s’agit d’évoquer la géométrie des cimetières de guerre que l’on croise au bord des routes, lors de divers trajets.
Pendant ces travellings, si on ne se concentre pas sur la discontinuité de la ligne blanche, la persistance rétinienne offre à l’alignement des formes une perspective mouvante, cet effet me pousse à imaginer une surface praticable à l’infini. Un dédale dans lequel l’issue n’est pas le dessein, mais une redécouverte perpétuelle de l’horizon. J’ai d’abord songé à extruder les faces polygonales d’une sphère issue d’un logiciel 3d. Puis repensant aux diverses phases de la vie d’un insecte, mon intention s’est muée en l’évocation du stade larvaire.
J’imagine désormais cette forme tournant lentement sur elle-même, de son périmètre central, les masses extrudées réduisant les espaces « interstellaires » de révolution en révolution.
Remerciements : Le Dôme, FABLAB / CAEN
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MFB : Quel sentiment avez-vous eu en découvrant le château d’Hardelot ? Est-il un sujet « comme un autre » ou avez-vous ressenti un effet d’exotisme lié à l’architecture de ce manoir anglais néo-gothique du XIXe siècle ?
NT : J’ai d’abord été séduit par les contours du château et les découpes qu’il opère sur l’horizon quand on le découvre de manière frontale. Les espaces dans lesquels j’interviens ont une importance capitale ; je choisis les œuvres qui résonnent avec l’espace et la fable du lieu. Créer in situ est très stimulant. Dans le cas du château d’Hardelot, j’accorde une attention particulière à sa proximité avec la nature, plus précisément les cours d’eau, les lacs et la mer…
MFB : Vos installations et vidéos nous font entrer dans un monde parallèle où vous captez des détails du quotidien ou des perceptions inattendues. Comment avez-vous conçu l’exposition alors que nous sommes dans l’ambiance d’une demeure victorienne ?
NT : Il y a des choix qui naissent du nom des salles, de leur thématique, notamment en plaçant discrètement la projection vidéo Smoker’s Dream dans le fumoir. D’autres liens s’établissent avec des objets, des constellations de bibelots. Il y a également la volonté de ponctuer certains aspects de l’architecture, d’accentuer une lecture intérieure en développant un imaginaire autre.
MFB : Le défi n’est-il pas de réaliser une sorte d’alchimie entre l’art de vivre franco-britannique et les territoires imaginaires de vos créations ?
NT : Je ne perçois pas cette exposition comme un défi mais plutôt comme un jeu de piste, un dialogue qui porte sur le résultat de l’addition d’un fragment de salle, d’un objet et de mes recherches visuelles.
MFB : Le parcours de l’exposition est constitué de manière kaléidoscopique où chaque pièce du château déploie une thématique en lien avec votre univers. Quel est le fil rouge de ce parcours ?
NT : Le lien entre toutes ces interactions est à la fois sec et humide. C’est une paire de menottes élastiques, une chaîne métaphorique dont on a la possibilité de se défaire ou de rester prisonnier.
Évoquons le temps qui passe, interrogeons le réel, évacuons les strates superficielles de l’épiderme médiatique pour sonder notre devenir.
MFB : La figure humaine est absente de vos œuvres exposées, comme pour révoquer la parole au profit d’une lecture sensible d’un détail ou de la nature. Il y a quelque chose de doux, lent, stable alors que les vidéos sont paradoxalement l’espace du mouvement, de la perpétuité.
NT : Dans ma production, l’ensemble des éléments laissant place à la figure et au corps s’apparente à la farce.
J’ai délaissé les travaux anthropomorphiques pour une ondée de matières hypnotiques. La plupart des pièces du château possédant une charge de stimuli importante, l’apparition de formes humaines aurait déséquilibré l’atmosphère monastique et méditative que je tentais d’atteindre.
MFB : Le soin que vous apportez à la réalisation et à la finition de vos installations me renvoie à l’objet artisanal et aux arts décoratifs. Comment les concevez-vous, mettez-vous du temps à leurs réalisations ?
NT : Les phases par lesquelles je passe pour concevoir tous ces éléments débutent par le dessin, plus une esquisse qu’une épure, au début en tout cas. Cette étape tient lieu d’archive, de note, d’évaluation et de correction. La photographie et son montage peuvent également se substituer à cette introduction. Il m’arrive d’éprouver les idées en passant par le spectre de logiciels 3D. Le fait que je soigne les réalisations est peut-être lié à la fascination installée en moi lorsque j’étudiais les détails anatomiques des lépidoptères et les textures minérales. L’installation de l’ennui lié au travail répétitif m’incite à expérimenter techniques et matières nouvelles. Un de mes projets futurs serait de mener une expérience professionnelle visant à devenir l’apprenti éphémère traversant une myriade de métiers, dans l’idée qu’à chaque sortie de route s’opère un lot de confrontations nouvelles offrant un mode empirique inédit. Dans le processus de réalisation d’une œuvre, le temps ne compte que parce qu’il a vocation à réflexion. Il est vecteur de productivité sous adrénaline lorsque une échéance touche à sa fin.
MFB : Dès l’entrée dans le château, avec le dispositif vidéo interactif « Orgabulle », vous vous positionnez comme l’artiste qui se confronte avec poésie à l’histoire du lieu. Quel rôle incarnez-vous en tant qu’artiste contemporain ?
NT : Je ne sais pas si j’interprète un rôle. Si je devais revêtir une peau plutôt qu’une autre, peut-être serait-ce celle d’un animal aux propriétés mimétiques qui aspire à transmettre un élément au plus grand nombre. Je me vois également comme un brouilleur de pistes.
MFB : Que vous inspire la salle à manger où vous avez choisi le dispositif vidéo « Burn Out » ?
NT : Dans un renfoncement de la pièce se trouve un buste de Napoléon III. Peut-être a-t-il fait résonner en moi la nécessité de barrer l’accès à ce fragment de pierre. Burn Out, c’est un peu un élément de barricade dont les flammes lèchent les pieds d’une structure, une menace qui plane sur la stabilité d’un ordre établi.
MFB : Nous traversons des pièces du château où des épisodes guerriers entre la France et la Grande-Bretagne sont évoqués. À quoi cela vous renvoie ?
NT : Cela fait résonner en moi une partie de ping-pong, qui s’échelonne dans le temps, dont le rapport au réel, la taille des terrains et les protagonistes varient selon l’époque.
MFB : Les titres que vous donnez à vos œuvres sont-ils des clés de lecture pour une immersion ?
NT : Je pense que l’immersion peut s’opérer sans sésame particulier, encore faut-il être suffisamment disposé à s’ouvrir. Les titres peuvent influencer le spectateur sur la strate de lecture à adopter à une œuvre mais ils peuvent aussi l’induire en erreur. J’avoue détenir une certaine jubilation à fausser le chemin.
MFB : L’imaginaire est un champ énergétique grâce auquel on atteint un nouvel état de l’être. C’est ce que nous apprenons avec vos œuvres ? Atteindre un état de bien-être ?
NT : Pas nécessairement, enfin ce n’est pas ce que je recherche, mais si l’on y éprouve ces sentiments, je n’y vois pas d’objection. Les pièces installées dans le château sont assez consensuelles et peuvent se réclamer de notions méditatives et hypnotiques. Ce n’est qu’un versant de ma production. D’autres pièces jouent sur les phénomènes d’attraction/répulsion ou les mises en situation de l’enveloppe charnelle inspirent des sentiments inverses.
MFB : Toute improvisation et spontanéité est inopportune dans vos créations. Ce temps d’observation, de réflexion, de création qui vous est cher est-il plus le fruit de votre formation ou est-il lié à votre personnalité ?
NT : Ce n’est pas absolument exact, car une partie de mes inspirations est extraite du chaos (né de la vie). Je peux saisir dans le désordre une phase adaptée à mon intention, l’accident est un portail ouvert sur la découverte. C’est d’ailleurs de cette façon que j’ai débuté les expériences autour de ce qu’on nomme aujourd’hui mapping. En revanche, une fois que le résultat s’est matérialisé dans mon esprit, je m’active à aller au plus loin dans le détail.
MFB : Nous terminons le parcours par l’installation vidéo emblématique et monumentale « Lupanar » qui méduse littéralement le visiteur. On y retrouve votre univers poétique et sensible. Le thème de l’eau entre en résonance avec l’environnement du château d’Hardelot, à savoir les douves, le lac des Miroirs et même le détroit de la Manche à proximité. Quelle est l’histoire de cette œuvre ?
NT : Le projet a été conçu à Rome lors d’une résidence d’artiste. Réalisé pour Interstice #10, événement transmédia organisé par la Station Mir (Caen), la génération de cette pièce monumentale dans la grande galerie de l’ESAM fut considérablement influencée par mon séjour dans la ville éternelle. J’ai dans mon processus de création l’habitude d’emmagasiner des images fixes et animées provenant de mon environnement immédiat. L’atelier Wicar, se trouvant proche des rives du Tibre, je ne pouvais que focaliser sur la violence de certains de ses segments. Lors de ma période de travail, les fortes pluies lui permettaient un contraste de niveaux impressionnant. J’assimilais à ce fleuve érectile des bribes de mon voyage récent au Mexique (en me remémorant l’aspect calligraphique de bas-reliefs dans lesquels l’image du serpent est très présente). Le titre de cette installation vidéo est venu à la lecture d’un ouvrage évoquant la vie à Pompéi avant l’éruption du Vésuve.
MFB : Que peut apporter cette confrontation entre l’art contemporain et l’histoire du site ? S’agit-il de faire ressortir des sujets universels, de créer un dialogue au-delà des frontières temporelles et spatiales ?
NT : Ce qui m’intéresse dans ce contexte, c’est le fait que des visiteurs se retrouvent face à des éléments qu’ils n’ont pas prévu d’évaluer. J’imagine les réfractaires élever leur scepticisme, retourner à leur point de départ et formuler, après quelques heures de digestion picturale, un sentiment évoluant vers une contrée située au-dessus du niveau de la mer.
Vernissage le 06/07 à 18h
du 6 juillet au 22 octobre 2017
Centre d’art Faux Mouvement
(Place Saint Louis)
4 rue du Change – 57041 METZ CEDEX / France

Avec : Betty Beier, Arvid Boecker, Laura Delvaux, Rohan Graeffly, Philipp Hawlitschek, Joël Hubaut, Julie Luzoir, Anke Mila Menck, Charles Myncke, Patrick Nardin, Claudia Passeri, Armand Quetsch, Mary Audrey Ramirez, Nicolas Tourte, Steve Veloso et Monique Voz.
[sgmb id= »1″] BLACK BOX(ES)
vernissage le 18 mai à partir de
DU 18 mai au 14 juin 2017
Sur une proposition de Marie Deparis-Yafil et Corine Borgnet Avec :

VISIONS INTERMEDIAIRES / Château d’Hardelot
Exposition personnelle
– Dans l’espace d’exposition temporaire : l’installation vidéo monumentale LUPANAR, 2015.
– En dialogue avec les salles du château, une série de dispositifs vidéo (2009 – 2017)
Du 25 mars au 8 octobre 2017
Vernissage le samedi 25 mars à 11h
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LOCAL HOST / Delta studio / Roubaix
Du 3 décembre 2016 au 7 janvier 2017
Avec VERONIQUE BELAND – MATHILDE CLAEBOTS – AURELIE DAMON – VINCENT HERLEMONT – HELENE MARCOZ – EMMANUEL MORALES – JEROME PROGIN – MANON THIRRIOT – NICOLAS TOURTE – VALERIE VAUBOURG
ouverture les vendredi, samedi et dimanche de 14h à 19h
Delta studio 158 rue Pierre de Roubaix – 59100 Roubaix
YIA art fair #7 / Stand Galerie Laure Roynette / Paris
Du 20 au 23 octobre 2016
Avec Géraldine Cario, Nicolas Tourte, Mathieu Weiler, Athanasios Zagorisios
LE CARREAU DU TEMPLE
4, RUE EUGENE SPULLER, 75003 Paris
La première fois que l’on découvre le travail de Nicolas Tourte, on pourrait penser qu’il porte sur le détournement d’objets. Or son questionnement aborde plutôt leur malléabilité, la possibilité de changer leur apparence, de jouer sur leur présence ou leur absence, et au final de les faire exister sur d’autres plans, ceux d’une réalité nouvelle. L’artiste compare d’ailleurs ses différents travaux à une constellation comme celle de la Grand Ourse. Un ensemble d’étoiles que l’on pourrait croire existantes sur un même plan, alors que la profondeur qui les sépare dans l’espace est bien plus grande.
Peut-on dire que ton travail s’articule autour de la notion de cycle ?
Elle est en effet le fil rouge de ma conduite. Mes oeuvres se construisent autour du cycle, de la répétition, de la redondance, du mouvement perpétuel, qui peut être à la fois naturel ou complètement artificiel.
On se pose d’ailleurs la question de la frontière entre le naturel et l’artificiel…
Tout ce que j’empreinte à la nature, aux objets, est retransmis de manière plus ou moins artificielle. Cela introduit une autre problématique qui est celle du « virtuel ». Quand Pierre Lévy (1) en parle, il souligne le fait que cette notion existe au moment où l’homme a commencé à entrer en interaction avec un objet (ex. casser une noix avec une pierre). De nos jours, le mot est devenu un peu fourre-tout. Il renvoie à une sorte de projection entre ce qui est existant et tangible et des formes complètement évanescentes impalpables.
Est-ce l’ambiguïté entre les deux qui t’intéresse ?
Se pose toujours pour moi la question du faux, du vrai. Je fais souvent paraître des images de pièces sur les réseaux sociaux bien avant qu’elles ne soient montrées en exposition. L’œuvre existe « virtuellement » avant d’avoir une existence concrète. On ne sait jamais si ce que l’on voit est une prise de vue ou un artefact Photoshop.
Veux-tu dire que l’image d’un objet le fait préexister ?
Il y a toujours le caractère fascinant de ce qui s’imprime sur la rétine et qui est irréductible. Toute l’exposition est conçue pour maintenir ce doute car il ouvre sur une multitude d’interprétations. La scénographie avec la projection vidéo, les vues stratigraphiques, le grand tirage disposé à l’horizontale, témoignent du flux d’images auquel nous sommes soumis, mais toujours dans ce continuum je crée un moment de doute.
Comme cette plaque d’égout qui échappe à l’image…
Je joue avec elle sur cette ambiguïté de l’existant. Étant sous exposée à la lumière, elle forme une tache sombre dans la scénographie. Elle ne révèle son volume que lorsque l’on s’approche suffisamment pour la regarder sous certains angles.

Le doute passe-t-il aussi par une perte des repères ?
Avec Renato Casciani nous avons pensé l’exposition à travers de multiples inversions. Le tirage du paysage de huit mètres est positionné à l’horizontale, l’installation des Paraciels est placée au sous-sol, les vidéos sont aussi inversées. Elle a été l’occasion de générer un univers conçu comme un flux où toutes les pièces dont certaines sont assez anciennes répondent à de plus récentes. L’exposition a aussi été, par la volonté du commissaire, l’occasion de produire des pièces qui n’existaient que sur plan.
On retrouve un autre ciel dans cette vue de couches sédimentaires…
C’est le cinquième ciel de cet espace du sous-sol de la galerie. L’image provient de la série des Vues stratigraphiques qui consistent en des photomontages générés à partir d’un fond personnel d’images qui compte près de 200 vues. Depuis 2004, je photographie des paysages dans lesquels sont visibles les couches sédimentaires, des marques d’érosion qu’elles soient naturelles ou artificielles. On y trouve une multitude d’informations grâce au phénomène de fossilisation, aux poches de gaz… il y a dans cette pièce un effet miroir qui accentue l’idée d’espace intermédiaire.
J’ai commencé à prendre des photographies de paysage sans forcément savoir ce que j’allais mettre en oeuvre. C’est un travail assez brut car l’intérêt n’est pas de produire un beau tirage mais de tailler dans l’image pour générer une répétition de strates et lui donner l’apparence d’un millefeuille.

N’y a-t-il pas aussi l’idée de « couches » dans la projection vidéo ?
Dans la pièce Trois bandes, l’objet sculptural devient écran. C’est une installation diurne et nocturne et comme lors d’une sédimentation, les éléments perçus s’effacent pour laisser place à autre chose, ici la structure installée in situ. Ainsi la pièce peut vivre sans son enveloppe d’images.
L’effacement se retrouve sur d’autres pièces ?
Dans la vidéo Paysage va-et-vient, se retrouve cette idée d’effacement. J’ai décomposé une photographie par un procédé assez archaïque afin d’utiliser le ciel comme un cache que je déplace sur toute la surface de l’image. La pièce renvoie tout autant à des oeuvres connues de l’histoire de l’art qu’à l’histoire du cinéma et à l’évolution des effets spéciaux notamment dans la création d’un arrière-plan. Il y a vraiment une simplicité revendiquée dans la mise en œuvre de l’animation afin de créer l’illusion que le mouvement est créé par un travelling de caméra.
Dans cette pièce aussi tu nous places entre deux éléments, celui d’une réalité géologique, pesante, qui a une présence physique très forte et une dimension plus céleste…
Ce côté aérien fait perdre de la matérialité à tous ces matériaux à la physicalité très présente. C’est pour rappeler que quelques soient leur dureté et leur résistance, par un phénomène d’érosion, ils redeviendront finalement poussière. Tout est éphémère et participe à une remise en œuvre continuelle.
J’aime la propriété sculpturale des éléments qui, s’érigeant ou s’effondrant, sont toujours en mutation.

Ce retour à la poussière est visible dans la vidéo Neige sédimentielle ?
Rien n’indique qu’il s’agit de poussière… et je ne souhaite pas révéler la source de ces images qui peuvent provenir tout aussi bien d’une prise de vue naturelle, que générées par le moteur 3D d’un ordinateur très puissant avec un logiciel d’effets spéciaux comme il en est utilisé dans les studios hollywoodiens. La video évoque l’idée du dépôt et de la sédimentation qui, à terme, produit les strates géologiques. Elle parle des particules de sédiment mais aussi de cendre volcanique comme celle qui est à l’origine de l’enfouissement des villes.
Les chaises, comme ces particules, suspendues entre terre et ciel, sont-elles en proie à une forme de mutation ?
Le Couple de chaises fait partie d’une série d’objets augmentés, modifiés. Elles sont comme beaucoup de mes travaux polysémiques. Elles font références aux rotoreliefs par le façonnage des cônes, mais aussi à la balançoire de Fabrice Hyber. Comme pour les parapluies, il y a l’envie d’interagir avec des éléments communs que tout le monde puisse immédiatement identifier et a déjà manipulé. Par leur suspension, je leur donne aussi un élan performatif.

N’ont-elles pas aussi un caractère sexué ?
L’idée du genre est plus anecdotique mais on peut toutefois déterminer laquelle est mâle et l’autre femelle. On retrouve ce caractère sexué sur le visuel des deux lunes du carton d’invitation qui évoque les trompes de fallope et autres organes jumeaux. Je voulais que se retrouve par ces lunes l’idée d’influence et des cycles, ces liens entre les éléments naturels (vents, marées, phénomènes géologiques…) et célestes. Et rendre compte aussi de cette mécanique invisible qui crée les cycles auxquels nous sommes soumis.
N’exprimes-tu pas le désir que ces objets ou éléments échappent d’une certaine manière à ce qu’ils pourraient représenter ?
J’ai envie que ces objets, chaises, lunes, plaque d’égout…, restent libres. Pour cela je les fais sortir du champ commun pour leur offrir une nouvelle existence et que chacun puisse avec eux se projeter dans une direction ou une autre.
(1) Pierre Lévy, Qu’est-ce que le virtuel ?, éditions La Découverte Poche / Essais n°49, mars 1998.


La Montagne / la Vallée
39 rue Adolphe Lavallée, 1080 Molenbeek-Saint-Jean
Avec Frederik BAUR, Thibaut BELLIERE, Romain BOULAY, BORDELOU, Christophe BOUDER, Jules BOUTELEUX, Emilie BREUX, Martin COIFFIER, Matthieu CRISMERSMOIS, Alexis DEBEUF, David FALTOT, Guillaume FOUCHAUX et Laurie ETOURNEAU, Pierre Yves HELOU, Sina HENSEL, Anne HOUEL, Joanie LEMERCIER, Romain LEPAGE, Olivier MAGNIER, Benjamin OTTOZ, QUARTZ, Lukas RICHARZ, Ludivine SIBELLE, Nicolas TOURTE, Samuel VANDERVEKEN, Mélanie VINCENT

Avec de gauche à droite :
Deux lunes, 2016 / Vue stratigraphique n°2, 2014 / Les quatres fils Aymon, 2016 / Neige sédimentielle, 2016 / Une bande, 2016 / Paysage, va et vient, 2016
Des corps noirs qui tombent et s’amassent jusqu’à gorger l’horizon, jusqu’à l’étouffement, jusqu’à l’effacement de l’humain dans un magma indéfini, puis des paysages, vides, vues stratigraphiques, relevés archéologiques ou géologiques d’un passé proche, ou peut-être d’un futur immédiat. Dans cette installation Nicolas Tourte nous égare. Entre mystification et catalepsie l’artiste se joue de nos sensations et nous donne à voir les sédiments incarnés qui construisent des paysages impeccablement chimériques.
Texte de Sylvette Gaudichon à propos de l’exposition État crépusculaire
La structure foisonnante et rhizomique du travail de Nicolas Tourte nous enivre dès les premières gorgées visuelles. Comme un catalyseur accélérant notre départ vers un monde poétique, jamais complétement détaché du réel, une rêverie hallucinatoire ou l’ombre de Magritte plane sans cesse. Une pincée de technologie contemporaine réactive les puissants ressorts surréalistes, rehaussés par le titre des œuvres, comme une cerise sur le … Cocktail …!!!! Le tout semble être un Cocktail coloré saupoudré de mescaline, une mixture alchimiste qui fait naitre de fragiles poèmes scintillants. Les oxymores visuelles de Nicolas nous enchantent et nous font chavirer tout en questionnant notre fragile condition humaine Nous voici devenus des « Alices » avec tout ce que cela à d’excitant .
texte de Renato Casiani parut dans le catalogue « format à l’italienne VI »
All is true!
Voici un artiste-bricoleur qui a plus d’un « trou » dans son sac. Avec une économie de moyens et une dépense considérable d’énergie il s’amuse avec les images (photos, montages, vidéos), les codes, les mots, l’histoire de l’art et l’histoire du monde. Il s’engouffre dans la moindre faille pour nous proposer un travail des profondeurs sans compromis.
Nicolas Tourte vit à Lille et est représenté par la galerie Laure Roynette à Paris. Il a exposé en Europe, notamment en Belgique, mais aussi en Asie et au Mexique.
La représentation récurrente du trou qu’il soit ouverture, faille, fissure ou orifice, est un élément que l’on retrouve souvent dans ton travail, c’est un choix conscient, une véritable volonté d’exploiter le vide ou un pur hasard?
Par quel trou commencer ? étrangement ce mot ne m’inspire guère, ne serait-ce que par sa consonance, je préfère en effet ses synonymes. Ses représentations dans l’art sont souvent préméditées. Ce qui m’intéresse moi ce sont les nombreux orifices du corps humain qui assurent son fonctionnement, soit par automatismes, soit par actions conscientes. Le corps humain est une machine vieille comme le monde, dont l’efficacité repose en partie sur des orifices. L’ouverture ne concerne pas seulement l’esprit mais aussi l’enveloppe charnelle! Si vous privez un homme de quelques orifices, il dépérit rapidement car tout transite par là, fluides sexuels, oxygène, nutriments … Ce n’est donc pas toujours un hasard !
Pour toi c’est quoi un orifice ?
C’est à la fois une possibilité de fuite poétique, un puits des possibles. Un creuset dans lequel il fait bon se laisser aller aux expérimentations les plus tièdes. Invoquer une alchimie des plus sombres. À l’encontre d’une « happy end », c’est aussi une fin en cul-de-sac, le trou noir toujours prêt à engloutir la moindre des espérances.
Pourquoi retrouvons- nous la bouche dans plusieurs de tes pièces ? Le lien entre la bouche et la parole est évident, mais encore ?
Souvent dans mon travail la parole passe en arrière-plan, même si certaines paires de lèvres émettent des sons et dialoguent entre elles, je focalise plutôt sur les possibles entrées / sorties qui transitent par là. C’est pour moi une masse pulpeuse aux diverses fonctions. L’interstice buccal peut être le lieu de la libre circulation de mucus, c’est aussi la lisière d’une forêt à l’écosystème varié , la limite psychologique d’un danger immatériel, le portail du fantastique. Quand j’aborde la bouche et sa périphérie, je visionne des séquences cinématographiques où là aussi, visuellement et symboliquement, la bouche crève l’écran. Soit elle me renvoie vers quelque chose d’érotique, soit elle participe à une action marquée par le combat.
L’embouchure de ce passage aux embruns visqueux est l’entrée de l’appareil digestif, là où la salive débute le travail de démantèlement des aliments telle une formidable décharge prête à tout transformer, trier, recycler.
Le trou est-il un moyen de détourner les codes? Si oui, ces détournements sont-ils une volonté d’iconoclaste revendiquée?
C’est surtout une phase d’approche qui stimule mon imaginaire et peut faire de même avec celui du spectateur. J’admets volontiers aimer chatouiller les quelques mœurs fossiles encore vivantes mais cela ne constitue pas l’essence de ma démarche artistique. Si je détourne certains codes, sans jamais vraiment tomber dans le trou, c’est surtout pour aborder la question du beau.
Par exemple, j’ai travaillé avec une infirmière à domicile qui me contactait lorsque des cas avancés de plaies étaient susceptibles de m’intéresser. La plaie est elle aussi une ouverture, un trou. Je les photographiais alors, comme l’on peut s’émerveiller devant une fleur. Pour conclure je dirais que ce qu’il y a de plus important est de trouver non pas un sujet pouvant heurter ou déstabiliser autrui mais de tenter de faire s’interroger l’autre sur ce qu’on lui a appris à trouver beau, délicieux et enchanteur. Le concept du beau est fluctuant, lié à une époque, un milieu, à des critères et dépend de celui qui regarde.
L’utilisation fréquente de la vidéo, des images en boucle et/ou répétitives t’apparaît-elle comme une façon d’échapper au vide?
C’est amusant que tu me demandes cela alors que j’ai en partie débuté l’exploration abyssale du médium vidéo afin de gagner de la place dans le studio que j’habitais, lorsque j’étais étudiant, en 2002!
Traiter des images en boucle évite de donner un début et une fin à une séquence animée. J’ai pourtant souvent essayé de construire des narrations, des expérimentations de longue durée. À chaque tentative je réduisais, coupais, samplais et focalisais sur un instant rémanent comme s’il s’agissait de rythmer une obsession mécanique résiduelle. L’envie demeure cependant de générer une forme de long métrage…
Si toutes ces extractions, ces images vidéo (qui la plupart du temps sont sonorisées), emplissent les espaces d’exposition jusqu’à épuiser et agacer par leur répétition les personnes qui y travaillent, elles retiennent quelques minutes les spectateurs qui vivent un moment de flottement durant lequel le dénouement reste clos, puisque sans cesse recommencé.
Quelle est la place du vide dans ton travail sur les échelles et les proportions, la micro et la macro ?
Le vide m’attire, il me donne une soif d’exploration et d’aventure au-delà d’une géographie des sentiers battus. Dans les rapports d’échelle sur lesquels je travaille, notamment dans mes « paysages microcosmiques », je recréé des vues, des mondes, j’interprète des paysages naturels que j’ai pu visiter ou découvrir dans les livres ou au cinéma que j’intègre à une vision fantasmatique. Je crée des grottes, des gouffres, des cratères, des ruines. Tout cela est encore très lié à la thématique de la faille, du vide, du trou.
Le trou génère-t-il une angoisse pour toi?
Non, pas particulièrement. Ce qui m’angoisse c’est lorsque je tombe sur un reportage évoquant la raréfaction d’une niche écologique ou portant sur l’extinction d’une espèce animale ou végétale. En revanche je me réjouis du fait qu’il puisse devenir un terrain anxiogène pour le spectateur.
Peur du vide?
Non. Je peux m’y jeter
Les matériaux que tu utilises sont très ancrés dans notre quotidien et sont assez prosaïques (bac de douche, poubelle, pince à linge…), fais-tu un lien entre ta démarche et le mouvement du pop art ? Si oui lequel ?
Je ne fais qu’instaurer un dialogue avec ces formes, même si elles appartiennent à l’ordinaire et font l’objet d’une consommation de masse, je ne me sens pas proche du pop art, même lorsque des clins d’œil évidents émergent de mon travail. (Ventis Slow).
Je place de manière plus ou moins subtile des références empruntées à l’histoire de l’art dans ma production et je dois avouer qu’il m’est agréable de brouiller les pistes avec ce genre de relectures.
Que penses-tu du sujet de philo de cette session 2014: Les œuvres éduquent-elles notre perception?
La question est compliquée car la perception dépend de nombreux paramètres et surtout de l’individu qui perçoit! L’art est un langage à la fois universel et élitiste qui va effectivement introduire des parasites dans la façon d’appréhender, de lire le monde et cela à différents degrés.
Sans vouloir tomber dans un populisme dénué d’intérêt je trouve important de donner une première couche de lecture accessible. Une clé enfuie superficiellement dans le sable d’un bac sur lequel il suffirait de souffler pour accéder aux premières strates. D’où la récurrence d’éléments familiers, domestiques, dans mon travail