Vous êtes né et avez vécu à Charleville-Mézières dans les Ardennes comme Arthur Rimbaud, quelles relations entretenez-vous avec « l’homme aux semelles de vents» et la poésie en générale ?
J’ai le souvenir, lorsque j’étais enfant d’avoir un jour illustré le « A » de « Voyelles » ; c’était un moment clé où la vision du monde que je possédais a quelque peu chaviré : le biotope répugnant de l’insecte, décrit brièvement dans la strophe de ce poème avait gagné une existence digne… Dans une approche plus directe, ce sont des écrits comme ceux de Charles BUKOWSKY qui ont influencé mes premières expériences vidéos où un « langage pictural » apparemment dénué de toute sensibilité venait choquer les esprits.
Par le biais ludique de la poésie, j’esquisse mes bases de recherche, à commencer par les intitulés de mes travaux, où je torture assemblages de mots incongrus et ponctuation, puisant dans les racines des uns et des autres, images, significations, contraires et sens.
Quelles sont les autres sources et repères artistiques, littéraires, philosophiques… de votre univers ?
David LYNCH et David CRONENBERG ont accru ma curiosité envers le milieu organique qui m’animait depuis longtemps. J’ai toujours été attiré par le côté « carton-pâte » et « bricolage » des films d’animation. Aux Beaux-Arts, la découverte de vidéastes comme Pierrick SORIN et Michel GONDRY fut fondamentale. Dans un caractère plus exacerbé, les vidéos de Bill Viola et les déroulements scéniques de celles Mattew BARNEY ont joué un rôle important dans la façon d’entreprendre mes travaux. Tout en m’abreuvant de science-fiction (Philip K.DICK, Isaac ASIMOV ) des ouvrages comme « le serpent cosmique » de Jérémi NARBY ont stimulé mon intérêt pour les spéculations ésotériques. Plus récemment, j’ai été interpellé par le travail vidéo 3D de Magnus WALLIN, qui place le « sujet » humain dans des circonstances redoutablement cyniques.
Un artiste peut aussi se définir par sa formation, qu’en est-il pour vous ?
Les sciences de la terre m’ont toujours fasciné. Particulièrement passionné par les minéraux et leur formation, je me suis également initié quelques années à l’entomologie, puis investi dans le dessin et les médiums classiques, j’ai laissé ces préoccupations de côté. J’ai suivi des cours d’art appliqué dont le cursus était doté d’infographie (qui à l’époque ne m’intéressait pas). Persistant dans la voie des arts j’ai opté pour le cursus DNSEP Diplôme National Supérieur d’Expression Plastique des Beaux-Arts de Valenciennes (59), où la lassitude des pratiques conventionnelles s’est substituée par la pratique aliénante et autodidacte de l’ordinateur et de ses appendices.
Le monde du petit m’attire, la plupart de mes œuvres sont conçues à base de photographies et de vidéos, celles-ci ont été arrachées à des milieux bien spécifiques : les zones dont je parle sont des réductions du monde, une partie de mon travail consiste à rendre autonome ces paysages orphelins en créant un nouveau microcosme.
Les outils que vous offrent la technologie et le multimédia peuvent-ils être comparés, pour vous, artiste du 21e siècle, à l’invention du tube de peinture pour un artiste du 19e ?
Bien sûr cela a décuplé les possibilités de chacun et cela a également changé le processus de la création et de la diffusion des œuvres. L’exemple du site œuvre de l’artiste Reynald DROUHIN (http:desfrags.cicv.fr) en illustre bien les effets : artiste ou non, les visiteurs de cet espace Web peuvent créer des œuvres d’art en toute ubiquité, sans l’intervention de l’artiste créateur de l’interface. La nouveauté du tube de peinture était qu’il y avait désormais la possibilité de se déplacer hors de l’atelier pour s’approprier un élément. Ce qu’il y a d’amusant c’est qu’il y a depuis quelques années la possibilité de rester dans son atelier et de s’approprier via Internet le reste du monde.
Concernant la scénographie d’un film court, j’avais en tête un projet d’ordre architectural dont le but serait de concevoir entièrement un bâtiment à même la roche: le sculpter, le découper, tout en important un minimum de matériaux. Je trouvais quelques lieux susceptibles d’accueillir mes premières ébauches; mais aucune des formes dessinées jusque là ne semblaient assimilable à une telle idée. Je mis donc ce travail de côté…
J’étais en train de ranger mon bureau car il y avait un “bordel monstre” : je venais juste de finir un trou ou une découpe, je ne sais plus très bien… Ce dont je me souviens, c’est qu’un à un, je replaçais les objets dérangés. Je n’y voyais plus clair. Dehors il faisait beau, sans plus. C’est lorsque je casai ma rallonge électrique que le bâtiment se révéla. Le boîtier en plastique de l’enrouleur recevait alors une lumière froide et intense lui allouant provisoirement un statut inespéré. J’arrachai un instantané de ce fructueux changement d’échelle.
Propos recueillis par David Barbage, octobre 2007.