Divaguer, 2024

Divaguer, 2024
Installation vidéo sonore
400 x 60 x 120 cm
Coproduction Groupe A Cooperative Culturelle / Pont du Gard / Échangeur 22 / Pictanovo / Moine menuiserie / Videoformes / Station Mir.
Vue de l’exposition Sous les pixels, la matière/ Site du pont du Gard 2024-2025

Lupanar, 2015

nicolas_tourte_lupanar_v3_2018_by_duby64

Installation vidéo
Structure bois et projections vidéo
Dimensions variables

Production : Station Mir / Interstice
Vue de l’exposition Medio Acqua en octobre 2018 à la base sous-marine de Bordeaux
Photo : duby64

Au nord du futur, 2019

Installation vidéo
Dimensions : 400 /180 /60 cm
Bois et acier, projection vidéo, son

Production : Station Mir / Interstice
Vue de l’exposition Au nord du futur en mai 2019 au 102 ter, Caen, lors du festival Interstice #14
Design sonore :  Olivier Classe

Au nord du futur, 2019 / Interstice#14

Au nord du futur, 2019
Dispositif sonore et vidéo. Structure bois & acier.
Dimensions: 500/140/60 cm
Vues de l’installation au 102 ter lors d’Interstice #14 / Caen


Remerciements :
Station Mir, production
Olivier Classe, sound design

Insterstice #14

Plus d’infos : https://festival-interstice.net/

Medio Acqua / Base sous-marine, Bordeaux

lupanar de nicolas tourte est une installation vidéo monumentale produite par Interstice / Station Mir en 2015

MEDIO ACQUA / Base sous-marine, Bordeaux

Vernissage le 25 octobre à partir de 18h
Du 26 octobre 2018 au 6 janvier 2019
Commissariat : Renato Casciani

Avec : Giovanni Ozzola, Bruno Peinado, Enrique Ramirez, Pierre Malphettes, Celeste Boursier-Mougenot, Dewar et Gicquel, Fanny Paldacci, Angela Detanico et Rafael Lain, Alessandro Sciaraffa, Nicolas Tourte, Laurent Pernot, Nicolas Tourte, Emile Brout et Maxime Marion, Mathilde Lavenne, Linda Sanchez, Shirley Bruno, Laurent Valera,  Claude Cattelain

RÊVEUR CONTEMPORAIN / Entretien : Nicolas Tourte & Marie-Françoise Bouttemy

MFB : Quel sentiment avez-vous eu en découvrant le château d’Hardelot ? Est-il un sujet « comme un autre » ou avez-vous ressenti un effet d’exotisme lié à l’architecture de ce manoir anglais néo-gothique du XIXe siècle ?

NT : J’ai d’abord été séduit par les contours du château et les découpes qu’il opère sur l’horizon quand on le découvre de manière frontale. Les espaces dans lesquels j’interviens ont une importance capitale ; je choisis les œuvres qui résonnent avec l’espace et la fable du lieu. Créer in situ est très stimulant. Dans le cas du château d’Hardelot, j’accorde une attention particulière à sa proximité avec la nature, plus précisément les cours d’eau, les lacs et la mer…

MFB : Vos installations et vidéos nous font entrer dans un monde parallèle où vous captez des détails du quotidien ou des perceptions inattendues. Comment avez-vous conçu l’exposition alors que nous sommes dans l’ambiance d’une demeure victorienne ?

NT : Il y a des choix qui naissent du nom des salles, de leur thématique, notamment en plaçant discrètement la projection vidéo Smoker’s Dream dans le fumoir. D’autres liens s’établissent avec des objets, des constellations de bibelots. Il y a également la volonté de ponctuer certains aspects de l’architecture, d’accentuer une lecture intérieure en développant un imaginaire autre.

MFB : Le défi n’est-il pas de réaliser une sorte d’alchimie entre l’art de vivre franco-britannique et les territoires imaginaires de vos créations ?

NT : Je ne perçois pas cette exposition comme un défi mais plutôt comme un jeu de piste, un dialogue qui porte sur le résultat de l’addition d’un fragment de salle, d’un objet et de mes recherches visuelles.

MFB : Le parcours de l’exposition est constitué de manière kaléidoscopique où chaque pièce du château déploie une thématique en lien avec votre univers. Quel est le fil rouge de ce parcours ?

NT : Le lien entre toutes ces interactions est à la fois sec et humide. C’est une paire de menottes élastiques, une chaîne métaphorique dont on a la possibilité de se défaire ou de rester prisonnier.
Évoquons le temps qui passe, interrogeons le réel, évacuons les strates superficielles de l’épiderme médiatique pour sonder notre devenir.

MFB : La figure humaine est absente de vos œuvres exposées, comme pour révoquer la parole au profit d’une lecture sensible d’un détail ou de la nature. Il y a quelque chose de doux, lent, stable alors que les vidéos sont paradoxalement l’espace du mouvement, de la perpétuité.

NT : Dans ma production, l’ensemble des éléments laissant place à la figure et au corps s’apparente à la farce.
J’ai délaissé les travaux anthropomorphiques pour une ondée de matières hypnotiques. La plupart des pièces du château possédant une charge de stimuli importante, l’apparition de formes humaines aurait déséquilibré l’atmosphère monastique et méditative que je tentais d’atteindre.

MFB : Le soin que vous apportez à la réalisation et à la finition de vos installations me renvoie à l’objet artisanal et aux arts décoratifs. Comment les concevez-vous, mettez-vous du temps à leurs réalisations ?

NT : Les phases par lesquelles je passe pour concevoir tous ces éléments débutent par le dessin, plus une esquisse qu’une épure, au début en tout cas. Cette étape tient lieu d’archive, de note, d’évaluation et de correction. La photographie et son montage peuvent également se substituer à cette introduction. Il m’arrive d’éprouver les idées en passant par le spectre de logiciels 3D. Le fait que je soigne les réalisations est peut-être lié à la fascination installée en moi lorsque j’étudiais les détails anatomiques des lépidoptères et les textures minérales. L’installation de l’ennui lié au travail répétitif m’incite à expérimenter techniques et matières nouvelles. Un de mes projets futurs serait de mener une expérience professionnelle visant à devenir l’apprenti éphémère traversant une myriade de métiers, dans l’idée qu’à chaque sortie de route s’opère un lot de confrontations nouvelles offrant un mode empirique inédit. Dans le processus de réalisation d’une œuvre, le temps ne compte que parce qu’il a vocation à réflexion. Il est vecteur de productivité sous adrénaline lorsque une échéance touche à sa fin.

MFB : Dès l’entrée dans le château, avec le dispositif vidéo interactif « Orgabulle », vous vous positionnez comme l’artiste qui se confronte avec poésie à l’histoire du lieu. Quel rôle incarnez-vous en tant qu’artiste contemporain ?

NT : Je ne sais pas si j’interprète un rôle. Si je devais revêtir une peau plutôt qu’une autre, peut-être serait-ce celle d’un animal aux propriétés mimétiques qui aspire à transmettre un élément au plus grand nombre. Je me vois également comme un brouilleur de pistes.

MFB : Que vous inspire la salle à manger où vous avez choisi le dispositif vidéo « Burn Out » ?

NT : Dans un renfoncement de la pièce se trouve un buste de Napoléon III. Peut-être a-t-il fait résonner en moi la nécessité de barrer l’accès à ce fragment de pierre. Burn Out, c’est un peu un élément de barricade dont les flammes lèchent les pieds d’une structure, une menace qui plane sur la stabilité d’un ordre établi.

MFB : Nous traversons des pièces du château où des épisodes guerriers entre la France et la Grande-Bretagne sont évoqués. À quoi cela vous renvoie ?

NT : Cela fait résonner en moi une partie de ping-pong, qui s’échelonne dans le temps, dont le rapport au réel, la taille des terrains et les protagonistes varient selon l’époque.

MFB : Les titres que vous donnez à vos œuvres sont-ils des clés de lecture pour une immersion ?

NT : Je pense que l’immersion peut s’opérer sans sésame particulier, encore faut-il être suffisamment disposé à s’ouvrir. Les titres peuvent influencer le spectateur sur la strate de lecture à adopter à une œuvre mais ils peuvent aussi l’induire en erreur. J’avoue détenir une certaine jubilation à fausser le chemin.

MFB : L’imaginaire est un champ énergétique grâce auquel on atteint un nouvel état de l’être. C’est ce que nous apprenons avec vos œuvres ? Atteindre un état de bien-être ?

NT : Pas nécessairement, enfin ce n’est pas ce que je recherche, mais si l’on y éprouve ces sentiments, je n’y vois pas d’objection. Les pièces installées dans le château sont assez consensuelles et peuvent se réclamer de notions méditatives et hypnotiques. Ce n’est qu’un versant de ma production. D’autres pièces jouent sur les phénomènes d’attraction/répulsion ou les mises en situation de l’enveloppe charnelle inspirent des sentiments inverses.

MFB : Toute improvisation et spontanéité est inopportune dans vos créations. Ce temps d’observation, de réflexion, de création qui vous est cher est-il plus le fruit de votre formation ou est-il lié à votre personnalité ?

NT : Ce n’est pas absolument exact, car une partie de mes inspirations est extraite du chaos (né de la vie). Je peux saisir dans le désordre une phase adaptée à mon intention, l’accident est un portail ouvert sur la découverte. C’est d’ailleurs de cette façon que j’ai débuté les expériences autour de ce qu’on nomme aujourd’hui mapping. En revanche, une fois que le résultat s’est matérialisé dans mon esprit, je m’active à aller au plus loin dans le détail.

MFB : Nous terminons le parcours par l’installation vidéo emblématique et monumentale « Lupanar » qui méduse littéralement le visiteur. On y retrouve votre univers poétique et sensible. Le thème de l’eau entre en résonance avec l’environnement du château d’Hardelot, à savoir les douves, le lac des Miroirs et même le détroit de la Manche à proximité. Quelle est l’histoire de cette œuvre ?

NT : Le projet a été conçu à Rome lors d’une résidence d’artiste. Réalisé pour Interstice #10, événement transmédia organisé par la Station Mir (Caen), la génération de cette pièce monumentale dans la grande galerie de l’ESAM fut considérablement influencée par mon séjour dans la ville éternelle. J’ai dans mon processus de création l’habitude d’emmagasiner des images fixes et animées provenant de mon environnement immédiat. L’atelier Wicar, se trouvant proche des rives du Tibre, je ne pouvais que focaliser sur la violence de certains de ses segments. Lors de ma période de travail, les fortes pluies lui permettaient un contraste de niveaux impressionnant. J’assimilais à ce fleuve érectile des bribes de mon voyage récent au Mexique (en me remémorant l’aspect calligraphique de bas-reliefs dans lesquels l’image du serpent est très présente). Le titre de cette installation vidéo est venu à la lecture d’un ouvrage évoquant la vie à Pompéi avant l’éruption du Vésuve.

MFB : Que peut apporter cette confrontation entre l’art contemporain et l’histoire du site ? S’agit-il de faire ressortir des sujets universels, de créer un dialogue au-delà des frontières temporelles et spatiales ?

NT : Ce qui m’intéresse dans ce contexte, c’est le fait que des visiteurs se retrouvent face à des éléments qu’ils n’ont pas prévu d’évaluer. J’imagine les réfractaires élever leur scepticisme, retourner à leur point de départ et formuler, après quelques heures de digestion picturale, un sentiment évoluant vers une contrée située au-dessus du niveau de la mer.

Visions intermédiaires / Château d’Hardelot

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VISIONS INTERMEDIAIRES / Château d’Hardelot
Exposition personnelle

– Dans l’espace d’exposition temporaire : l’installation vidéo monumentale LUPANAR, 2015.
– En dialogue avec les salles du château, une série de dispositifs vidéo (2009 – 2017)

Du 25 mars au 8 octobre 2017
Vernissage le samedi 25 mars à 11h

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Entretien avec Alexandra Cardarelli et Nicolas Tourte pour la revue Inside Art en 2015

  1. Tu viens de terminer une période de résidence chez l’Atelier Wicar. Quel est le résultat artistique après trois mois ?

Je pensais pouvoir me dévouer pleinement à “apogée” mon dessein initial, durant les 3 mois de résidence qui m’étaient octroyés. Grâce aux propriétés aléatoires de mon emploi du temps, je fus sollicité par d’autres projets à la même époque, ceux-ci furent considérablement influencés par mon séjour romain.

Les phases de travail ayant subi cette contamination ont débuté par ma présentation au festival Interstice (Caen, France) organisé par la Station Mir. J’ai investi la grande galerie de l’ESAM (École Supérieure des Arts et Médias), qui est un espace tout en hauteur avoisinant les 160 m² au sol.

La proximité du Tibre lors de l’élaboration de ces esquisses s’est traduite dans la gestation de mon installation vidéo “Lupanar”, qui est un circuit fermé dans lequel s’écoule virtuellement un torrent, qui ondule dans l’espace d’exposition et se dénoue sur plus de 40 m de long.

J’ai l’habitude d’emmagasiner des images fixes et animées provenant de mon environnement immédiat. L’atelier Wicar se trouvant proche des rives du fleuve, je ne pouvais que focaliser sur la violence de certains de ses segments. Lors de ma venue, les fortes pluies lui permettaient un contraste de niveaux impressionnant. J’assimilais à ce fleuve érectile des bribes de mon voyage récent au Mexique (en me remémorant l’aspect calligraphique de bas-reliefs dans lesquels l’image du serpent est très présente). Le titre de cette installation vidéo est venu à la lecture d’un ouvrage évoquant la vie à Pompéi avant l’éruption du Vésuve.

Une accroche notable dans mon séjour romain est la confrontation à la forme hexagonale. Dès mon entrée dans l’atelier Wicar, le jour de mon arrivée, en ouvrant pour la première fois la porte, la façade de la serrure est tombée sur le carrelage aux joints friables : il m’a semblé amusant de prendre la chute de cette pièce métallique comme un signe. J’ai naturellement pris cette forme à partie pour débuter mes essais plastiques.
Un peu plus tard, alors que je me baladais sur les bords de la Méditerranée, la lumière était mauvaise et la zone parcourue ennuyeuse. J’activai l’application Maps de mon téléphone et fis défiler le rivage à grands coups d’index. Quelle ne fut pas ma surprise lorsque je découvris une surface hexagonale, marquée comme une immensité lacustre (Jung es-tu là ?). Il s’agissait du lac de Trajan, qui allait me permettre de développer l’idée de ma prime intention.
Celle-ci muta vers une uchronie concernant l’un des premiers modèles de logistique portuaire. Le résultat fut une maquette en carton plume transposée plus tard en marbre (en image dans le dossier Dropbox). Une autre est à l’étude, dressée comme un bouclier-écran sur lequel est projetée une texture vidéo en travertin.

À la même période, et toujours dans le même registre formel, je générais un projet d’élévation à section hexagonale pour la FEW (un parcours d’art contemporain à Wattwiller, France). Lors d’une interlude romaine, je découvris le lieu qui m’était destiné : celui-ci était pourvu d’un sol composé d’anciennes tommettes de terre cuite… hexagonales.

  1. Qu’est-ce que ça représente, en particulier pour un artiste contemporain, de passer cette période à Rome, la destination la plus briguée dès le temps du Grand Tour ?

C’est à la fois frustrant et très stimulant. Frustrant car je n’ai pu séjourner que la moitié du temps qui m’était incombé, car je devais nourrir d’autres projets. De plus, je me suis réellement senti chez moi : c’était très étrange de rendre mes clés. Stimulant car la ville recèle de mille et une merveilles à explorer, c’est l’occasion de s’imposer un mode de vie déambulatoire qui permet de découvrir les hauts lieux du patrimoine romain, mais également les endroits délaissés par le regard humain, ce que j’affectionne particulièrement. Je pense par exemple à une prise de vue que j’ai opérée dans les jardins de la villa Borghese (Monolithe, 2015). Il y a une infinité de niches discrètes qui peuvent, le temps d’un changement de point de vue, faire sens et faire écho à notre mode de vie parfois absurde, si on se donne le temps de se détourner des points d’intérêt touristiques.

  1. Qu’est-ce que tu considères comme la chose la plus intéressante de l’idée de résidence artistique ?

  2. Hormis les possibilités de rencontres et de découvertes culinaires, ce que j’aime dans le temps de résidence est de passer entre les parenthèses de l’ordinaire, s’offrir une part de liberté différente de celle du quotidien. C’est un peu comme si on me proposait de rentrer dans une nouvelle aire de jeu, avec un ensemble de règles inconnues.

Dans un second temps, c’est le fait de pouvoir entrer dans une mécanique de travail impassible, rester concentré sur un objectif. Faire l’impasse sur les besoins en sommeil, en calories. Entrer dans un état proche de la transe. Émerger après quelques jours et comprendre, un peu déboussolé tout de même, que cette nouvelle vie se mue dans un autre quotidien, qui à son tour peut se balayer en quelques heures d’avion, en rentrant chez soi et en s’y trouvant étranger.

  1. Tu as utilisé plusieurs types de médiums jusqu’à présent : avec lequel tu sens t’exprimer au maximum ?

Même si de prime abord l’utilisation de la vidéo semble prendre une grande place, je dirais que tous les médiums (excepté la peinture que j’ai mise de côté il y a plus de 10 ans) m’amènent à ce sentiment, à condition de les alterner. Je suis quelqu’un qui se lasse vite des choses. Je passe énormément de temps sur l’ordinateur, mais je dépense également beaucoup d’énergie en dessin (que je ne montre que très rarement), mais également en sculpture et en volume. Ce que j’apprécie dans la pratique physique de cette dernière, c’est l’état méditatif qu’elle me procure, car une fois l’idée circonscrite, je me mets à la tâche presque machinalement et, en parallèle de cette réalisation physique, je pense à un autre projet et résous des problèmes annexes.
J’aime cette idée d’être mon exécutant tout en me détachant de la question technique, une fois que le processus de réalisation est résolu bien sûr. J’aurais donc beaucoup de mal à choisir entre tel et tel média. De plus, j’ai le sentiment, tout en ayant conscience de ne pas être un artiste conceptuel, que l’idée est maîtresse de l’œuvre bien avant sa coquille, sa texture avec laquelle elle est proposée, ce qui d’ailleurs m’amuse beaucoup.

Si toutefois j’étais contraint de choisir, à la minute où je réponds à cette question, j’opterais pour la prise de vue photographique, car outre le fait de fixer des images, elle me sert à prendre des notes : ready-made inavoués, idées, glissements de terrain dans l’espace domestique… Ces éléments constituent des bases de recherche et ont plus de valeur qu’une œuvre terminée, que je pourrais refaire si elle venait à manquer.

  1. Si je ne me trompe pas, dans tes œuvres il y a une allusion au ready-made de Marcel Duchamp, au surréalisme. Quels sont tes maîtres ?

Oui, les ready-made sont omniprésents mais jamais présentés à 100 % comme tels : il y a toujours une modification plus ou moins subtile, qu’elle soit d’ordre mécanique, virtuel ou formel. Par exemple, dans “Hyperventilation”, un mécanisme rend vivante la boîte de jus d’orange en carton qui se gonfle et se dégonfle. Dans “Punish Yourself”, les tréteaux sont siamois et l’un d’eux subit un léger affaissement. Il me semble toujours très intéressant d’augmenter un objet, de le détourner afin de le questionner, même si la pratique initiée par Marcel Duchamp est désormais séculaire.

Je ne sais pas si l’on peut parler de “maîtres”, mais les artistes que j’affectionne proviennent de domaines très variés. Parmi les plus anciens, je pense à Albrecht Dürer et Jérôme Bosch (surtout la partie droite du Jardin des délices). Lorsque j’étais étudiant, j’étais proche du travail de Pierrick Sorin, j’aimais les premières vidéos de Bill Viola (The Reflecting Pool, Anthem) et les Cremaster Cycle de Matthew Barney, les projets sur l’eau de Fabrizio Plessi, l’univers acidulé de Pipilotti Rist, les dolls de Tony Oursler, la carrière de Louise Bourgeois… J’avoue m’arrêter souvent devant les œuvres de Donald Judd dont l’épure m’apporte beaucoup de quiétude. En ce moment, je suis le travail d’Éric Tabuchi, qui oscille entre photographie et pratique du volume.
Récemment, j’ai trouvé très juste la pièce d’Aristarkh Chernyshev, “Jesus Touch” : un crucifix constitué de cinq écrans tactiles dans lequel on peut faire défiler une série de crucifixions appartenant à l’histoire de l’art. Il y a également la peinture de Stéphane Balleux, les réalisations de Laurent Tixador…

  1. Plusieurs fois dans ton travail tu es parti d’objets trouvés que, à l’aide de la vidéoprojection, créent un effet aliénant dans le spectateur. Est-ce que tu veux créer une réalité différente de celle existante ?

Mon intention est d’augmenter l’objet d’une part de jeu. Je crée une forme autonome, qui est scrutée dans l’espoir d’une évolution, d’un dénouement, qui n’arrive jamais. C’est une catégorie de collage à dessein hypnotique. Un moment d’égarement poétique vécu, déclenché par une situation absurde qu’il m’est possible de transmettre.

  1. Qu’est-ce qui te plaît dans cette forme d’altération ?

De permettre à un mouvement, à une scène de se répéter à l’infini sans avoir à donner un début et une fin. Faire abstraction d’un scénario tout en ayant tenté d’en établir un.

  1. Quels sont vos projets futurs ?

Mon esprit sature d’envies, ce qui les draine en ce moment c’est la réfection d’une ancienne usine, qui à terme est destinée à un nouvel espace de travail. Gagnant en place, j’imagine des projets d’atelier plus ambitieux. Je réfléchis à une nouvelle organisation dans mon fonctionnement.

J’aime varier les approches, de ce fait je débute une collaboration avec un metteur en scène (Laurent Hatat) sur une pièce de théâtre écrite à la base de la nouvelle de Nancy Huston, Une adoration.

Plus tard je souhaite réaliser un film.

J’ai un projet d’exposition au musée de la Piscine (Roubaix, France) axé sur la commémoration de la Grande Guerre, y seront déployées des pièces déjà produites, dont POW (en image dans le dossier Dropbox), avec une œuvre spécialement imaginée pour les lieux.

J’ai débuté une série de trente photomontages nommés “Vues stratigraphiques”, un travail sur la strate, le paysage et la répétition et j’attends la réponse d’un projet d’exposition “hors les murs” en collaboration avec la galerie Laure Roynette (Paris) qui me représente.