Délice de Nicolas Tourte

Une sculpture pour un parc à Chevilly Larue, une forme simple pour évoquer un enjeu actuel

Cette sculpture pour un parc à Chevilly Larue s’inscrit dans une dynamique de commandes publiques d’œuvres qui deviennent des marqueurs du paysage urbain tout en portant un message. Nicolas Tourte offre aux habitants et riverains une pièce qui à la fois s’inscrit comme point d’intérêt dans un parc pour être contemplée de loin et dont l’aspect se modifie selon le contexte météorologique.

Chevilly Larue est une des villes qui accorde une grande importance à l’Agenda 21 [1]. Dans le cadre de sa politique engagée en faveur du développement durable, avec notamment l’objectif n°8 de ce programme « Faire de l’espace public un lieu de vie, de rencontre, et de nature » et en s’appuyant sur la fiche action n°16 « Créer des zones artistiques dans les rues », la commune a proposé un appel à projet à destination des artistes intitulé « L’empreinte écologique de l’art ». Ils étaient invités à répondre à celui-ci en proposant une œuvre dont l’enjeu était d’inciter un changement de regard sur le changement climatique tout en utilisant des matériaux écologiques et durables. Nicolas Tourte, le lauréat, y trouve l’occasion de poursuivre son exploration artistique de la ville à la suite de la création de son installation in situ pour l’exposition « Métamorphoses du quotidien » à la Maison des arts plastiques Rosa Bonheur [2]. Il avait installé une sculpture-architecture qui prenait appui sur une fenêtre-hublot de l’espace d’exposition. Celle-ci créait à la fois un point de vue telle une jumelle sur l’extérieur et était support à une projection vidéo cyclique nous emmenant vers un univers cosmique.

Le cercle et les notions de cycle et d’infini caractérisent l’ensemble de sa pratique artistique. Nicolas Tourte voit dans la forme circulaire un symbole du temps et de la vie comme éternel recommencement. Sa sculpture Délice a pour origine son enquête du site proposé par la ville et une attention envers la circulation du regard du visiteur et promeneur. Elle est visible de loin et nous invite à descendre dans le parc et à continuer la balade.

L’artiste a choisi l’acier corten, un matériau entièrement recyclable à l’infini et durable dans le temps. Si son œuvre paraît forte et comme un signal, elle est en devenir. Située volontairement dans un bassin de rétention d’eau, elle n’est complète qu’une fois inondée. Un miroir d’eau accueillera ses reflets durant certaines périodes de l’année. Telle une roue, elle fait écho à l’éternel retour à la terre. Nous individus, nous ne faisons que passer. Délice évoque à la fois une boucle temporelle et le caractère éphémère de nos vies. Les flèches en creux suggèrent un futur proche et nous mettent en garde contre les effets des bouleversements climatiques. Celles-ci indiquent également des directions à suivre allant dans un sens infini. N’y-a-t-il pas là l’image d’un changement qui n’en finit pas et d’un processus naturel, un renouveau perpétuel ? Cette œuvre combine à la fois l’idée du jeu et celle d’une action qui ne s’arrête jamais. Elle contient des références multiples qui nécessitent qu’on s’y intéresse pour les découvrir.

Cette sculpture s’inscrit dans une dynamique de commandes publiques d’œuvres qui deviennent des marqueurs du paysage urbain tout en portant un message. Nicolas Tourte offre aux habitants et riverains une pièce qui à la fois s’inscrit comme point d’intérêt dans un parc pour être contemplée de loin et dont l’aspect se modifie selon le contexte météorologique. Elle met en évidence les variations du temps et ce que certaines conditions climatiques produisent sur notre environnement. Elle parle d’une problématique qui nous touche tout en nous laissant libres d’y voir d’autres histoires. Tel serait le rôle de l’art, nous convier à une expérience sensible et faire naître des réflexions. L’artiste a su tirer parti des contraintes de l’appel à projet pour faire naître cette forme qui poursuit ses recherches esthétiques et plastiques. Les habitants se sont déjà appropriés cette œuvre que l’on attend maintenant découvrir sous un autre jour.

Article de Pauline Lisowski pour TK21:
https://www.tk-21.com/Delice-de-Nicolas-Tourte

Notes

[1] Un programme local d’actions en faveur du développement durable.

[2] Exposition collective à la Maison de arts plastiques Rosa Bonheur avec les artistes
Nicolas Tourte \ Julie Legrand \ Laurence Nicola \ Marie Denis \ Hélène Muheim \ Eudes Menichetti \ Angèle Guerre \ Éloïse Van der Heyden \ Katia Bourdarel \ Laurent Debraux \ Laurent Pernot \ Laure Tixier \ Carolein Smit \ Amandine Gollé \ Lionel Sabatté \ Laurence Gossart \ Luc Doerflinger \ Yves Helbert \ Maylis Turtaut, Commissariat : Pauline Lisowski avec la collaboration de Fabienne Leloup. Collaboration artistique : Marie Denis, du 6 mars au 11 avril 2020 puis du 7 septembre au 3 octobre 2020.

Métamorphose du quotidien, Maison des arts Rosa Bonheur


Infundibulum, 2020

Matériaux divers & projection vidéo
Dimensions 360 cm / 250 cm / 400 cm

Exposition visible du 6 mars au 11 avril 2020
Maison des arts plastiques Rosa Bonheur
34 rue Henri Cretté, 94550 Chevilly-Larue

Avec : Nicolas Tourte – Julie Legrand – Laurence Nicola – Marie Denis – Hélène Muheim – Eudes Menichetti – Angèle Guerre
– Eloise Van der Heyden – Katia Bourdarel – Laurent Debraux – Laurent Pernot – Laure Tixier – Carolein Smit – Amandine Gollé – Lionel Sabatté – Laurence Annie Gossart – Luc Doerflinger – Yves Helbert – Maylis Turtaut.

Vernissage 6 mars 2020 de 18:30 à 21:30

Commissariat : Pauline Lisowski, en collaboration avec Fabienne Leloup.

Drag & Drop / Nicolas Tourte par Pauline Lisowski pour BOUMBANG

Explorer l’univers artistique de Nicolas Tourte amène à découvrir un travail protéiforme et riche en sens, qui se découvre couche par couche. L’artiste convoque une multiplicité de médiums, la sculpture, le dessin, l’installation et les outils numériques liés au traitement de la photographie et de la vidéo pour créer des situations entre le réel et le virtuel. Si au départ, on peut voir dans ses œuvres un intérêt pour les phénomènes naturels, on comprend ensuite que ses recherches tournent plus largement sur des temporalités cycliques qui règlent l’univers. Nicolas Tourte est fasciné par les mouvements naturels, ce qui nous dépasse et qu’on a du mal à maîtriser. Il combine cet intérêt avec des notions liées au virtuel et aux nouvelles technologies. Dans ses œuvres, il tend alors à faire songer le spectateur, à l’amener ailleurs.

Nicolas Tourte, Deux lunes
Nicolas Tourte, Deux lunes, dispositif vidéo, dimensions variables, 2016 © ADAGP – Nicolas Tourte / Galerie Laure Roynette
Nicolas Tourte, Neige sédimentielle
Nicolas Tourte, Neige sédimentielle, Vidéo 1080P en boucle, 2016 © ADAGP – Nicolas Tourte / Galerie Laure Roynette
Nicolas Tourte, Trois bandes
Nicolas Tourte, Trois bandes, 2016 © ADAGP – Nicolas Tourte / Galerie Laure Roynette

À partir de prises de vue de paysages, notamment de croûte terrestre, qu’il bascule, il cherche à nous faire prendre conscience d’un état du monde qui évolue en permanence. Dans ses vidéos, telles que « Paysage va-et-vient », il déstabilise les points de vue habituels sur les paysages et révèle alors d’autant plus les mouvements continus de la nature. Face à ses « Paraciels », le spectateur est incité à s’arrêter et à contempler les mouvements de nuages. Pour l’artiste, plus qu’un moment de contemplation, ses œuvres conduisent à un état intermédiaire, une sortie de la réalité pour ensuite mieux comprendre le système qui nous dirige.

Nicolas Tourte, Paysage
Nicolas Tourte, Paysage, va et vient, vidéo 1080P en boucle, 2016 © ADAGP – Nicolas Tourte / Galerie Laure Roynette
Nicolas Tourte, Paraciels
Nicolas Tourte, Paraciels, installation vidéo, dimensions variables, 2009 © ADAGP – Nicolas Tourte / Galerie Laure Roynette

De même, considérant qu’on baigne dans un flux d’objets et d’images, Nicolas Tourte détourne les objets de leur fonction, les transforme et leur donne un côté étrange. On a comme l’impression qu’ils ont subi une métamorphose ou qu’ils sont vivants. D’autres objets sont également des supports de projection de vidéo et nous invitent à nous plonger dans un monde hors du temps, dans une possible histoire. « Passage n°5 », un livre sur lequel est projetée une vidéo montrant des mouvements naturels, captive le regard, nous amène à nous arrêter et à contempler une sorte de flux de tourbillon à l’infini. Durant ce moment, de possibles liens s’établissent entre l’image en mouvement et l’objet, qui défit le temps pour l’artiste.

Nicolas Tourte, Passage 5
Nicolas Tourte, Passage n°5, 2016 © ADAGP – Nicolas Tourte / Galerie Laure Roynette

Nicolas Tourte développe cette métamorphose de façon encore plus forte dans une série d’images d’objets en bois, nous incitant à nous poser des questions sur ce qu’on voit réellement. Présentés sur internet, ses travaux engagent le doute du spectateur: Serait-ce des vidéos qui témoignent de véritables expériences ou des histoires virtuelles?

De plus, le lieu d’une exposition l’intéresse pour concevoir des situations propices à la promenade et à l’arrêt, aussi bien physiques qu’imaginées. À la Galerie Laure Roynette, il a conçu son exposition tel un espace où perdre ses repères. Le long des murs, il a installé une photographie présentant une coupe stratigraphique d’un paysage. Cette vue verticale est renversée, étirée et crée un curieux horizon. Cet environnement naturel constitue comme un décor pour l’installation « Couple de chaises ». En suspension, cette œuvre incite le visiteur à tourner autour et à découvrir des excroissances. Ces objets auraient subi une curieuse transformation et semblent vivants.

L’ensemble de ses œuvres amènent le visiteur à avoir des sensations de vertige. Envoûté, il est comme pris au piège par ce qu’il voit. Puis, il retrouve le contact avec le réel. Ainsi, au regard d’une multiplicité de formes, de médiums et de rapports à l’image, Nicolas Tourte offre une vision du monde aussi bien poétique que critique.

Nicolas Tourte, Vue générale de l'exposition "Drag & Drop"
Nicolas Tourte, Vue générale de l’exposition « Drag & Drop » à la Galerie Laure Roynette © ADAGP – Nicolas Tourte / Galerie Laure Roynette
Nicolas Tourte, Couple de chaises
Nicolas Tourte, Couple de chaises, bois, boulot et métal, 2016 © ADAGP – Nicolas Tourte / Galerie Laure Roynette
Nicolas Tourte, Couple de chaises
Nicolas Tourte, Couple de chaises, bois, boulot et métal, détail, 2016 © ADAGP – Nicolas Tourte / Galerie Laure Roynette
Nicolas Tourte, Balayage progressif
Nicolas Tourte, Balayage progressif, bois et matériaux divers, 90x16x60 cm, pièce unique, 2013 © ADAGP – Nicolas Tourte / Galerie Laure Roynette
Nicolas Tourte, Punish Yourself
Nicolas Tourte, Punish Yourself, bois et métal, 150x75x27 cm, pièce unique, 2013 © ADAGP – Nicolas Tourte / Galerie Laure Roynette
Nicolas Tourte, ceintre
Nicolas Tourte ©
Nicolas Tourte
Nicolas Tourte ©